BOUGE ! Il est temps de bouger !

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Le moment est venu pour toi de prendre une décision. Soit rester dans cette filiale d’une multinationale où les objectifs trimestriels sont une sorte de divinité sacrificielle servie par une caste de prêtres inquisiteurs, les Directeurs Europe. Soit mettre ton destin entre les griffes d’une autre caste de moines-soldats non moins redoutables, les Chasseurs de Têtes.

Il y a longtemps que tu y songes. Tu ne supportes plus le mensonge rituel des Objectifs Trimestriels cousus de fil blanc par les alchimistes de la Compta. Les petits arrangements pour ne pas s’attirer les foudres du Siège avec parachutage d’Auditeurs Internes. Les séances d’autocritique rebaptisées Evaluations Semestrielles de Performance. Tu ne veux plus cacher à tes collaborateurs le projet ultraconfidentiel de plan social qui doit restaurer les marges opérationnelles tandis que, par ailleurs, on te demande de maintenir leur motivation. Tu ne veux pas voir leur regard lorsqu’ils te demanderont: «Tu étais au courant depuis combien de temps?»

 Tu as soif de sens et, en cela, tu es bien typique de ta génération, montée au codir après les années 2000, et qui ne comprend plus rien à ce qu’on lui demande. Ou qui refuse de comprendre pour préserver son petit bunker.

 Seulement voilà, tu restes indécis, paralysé par la peur de te tromper et de faire un mauvais choix qui anéantisse toutes ces années d’efforts depuis la prépa. Le sens tant recherché se heurte dans tes insomnies à la si maternelle sécurité. Aujourd’hui, et particulièrement en temps de crise, chaque dirigeant qui a conservé une étincelle de conscience entretient un débat éthique interne sur le sens des décisions qu’il prend. Quel impact ont ces décisions sur la vie des autres, à quoi ou à qui profitent-elles, quel rôle joue-t-il et au service de quoi. La décision éthique est une décision qui ne ferme pas les yeux sur son contexte.

 Mais les bonnes décisions n’existent pas. On reconstruit toujours l’histoire à posteriori pour donner l’illusion qu’on a tout contrôlé. En vérité, on s’adapte, on s’arrange, on bricole. On prend une décision en fonction d’éléments vagues et incomplets, dans le brouhaha incessant des conseillers, des coachs, des experts qui vous expliquent votre propre vie faute de pouvoir la vivre à votre place.

Le secret de la bonne décision, c’est de prendre une décision, point barre. Et ensuite de faire tout ce que tu peux pour la rendre bonne. Tu raconteras dans quelques années que tu avais tout prévu.

 Et si cette décision se révèle finalement une grosse cata? Alors, change vite. Ne t’obstine pas. Tu éviteras ainsi d’attendre un taxi pendant trente-cinq minutes alors qu’il aurait été si facile d’aller prendre le métro au bout des cinq premières. Car, au bout de trente-cinq minutes, on ne bouge plus. On continue à attendre parce qu’on espère de plus en plus fort. C’est la Loi du Taxi: plus une stratégie est mauvaise depuis longtemps, plus on a de mal à en changer. Alors, prends une décision, n’importe laquelle. Mais bouge. Pendant que tu te demandes quel est le bon chemin, tu vas nulle part. Pendant que tu te tords les boyaux, ta vie passe.

 
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