L’ambition n’est pas une volonté de puissance, mais de réalisation de soi

Souvent dépeint comme un « requin » aux dents longues, l’ambitieux n’a pas bonne presse. Une saine ambition professionnelle permet pourtant de se dépasser et de s’épanouir au travail, estime Guy Michelet

La première image que nous avons de l’ambitieux est celle de l’homme aux dents qui rayent le parquet, celle du requin prêt à dévorer ses concurrents, celle du guerrier dont l’obtention de la victoire légitime toutes les agressivités, celle de la grenouille qui veut devenir plus grosse que le boeuf. L’ambition a donc mauvaise image.

Mais les méfaits de cette démesure sur la personne et son entourage ne doivent pas nous autoriser à caricaturer ni à diaboliser l’ambition saine et véritable, qui permet à l’homme de gagner un bout du monde sans y perdre son âme.

L’ambitieux prend en charge son évolution sans attendre passivement que les autres s’en chargent 

La véritable ambition n’est pas volonté de puissance, mais de réalisation de soi ;  elle n’est pas velléité, mais moteur d’action pour avancer en se dépassant. L’ambitieux ne se laisse pas vivre ou pousser par les événements extérieurs, mais se projette lui-même à moyen et long terme, prenant en main sa vie de manière responsable, dynamique et optimiste, dans un esprit de conquête qui permet de surpasser les obstacles.

Il prend en charge son évolution sans attendre passivement que les autres s’en chargent. Il ne baisse pas les bras, mais remonte ses manches et « se bat » pour obtenir ce qu’il recherche (une nouvelle position, une mobilité, un nouveau métier, etc.). Non de manière agressive, « contre les autres », mais avec cette hargne qui permet au tenace d’avancer « contre ses peurs » et de tenir tête à l’adversité. L’ambition saine est bénéfique car elle fait grandir, rend fier, donne envie et mobilise. Elle est un puissant réveil, non par appel du devoir, mais par goût et envie, mettant debout l’homme qui dort et relevant celui qui est tombé.

Si la soif de succès est un moteur puissant, l’orgueil de la réussite est un gonflement de soi qui gêne l’écoute et empêche la compréhension de la personne essoufflée, abattue ou passive. Quand l’ambition déborde, l’ambitieux en « met plein la vue », réduit la réalité à soi-même sans égard ni regard pour l’autre qu’il écrase avec plus ou moins de conscience et de plaisir.

Les deux grands dangers de l’ambition sont la démesure et la non-mesure : démesure du rêve par rapport à la réalité, de l’investissement financier, de l’engagement personnel, du titre; non-mesure de ses forces et faiblesses, de ses limites et de ses ignorances et aussi des impacts de la démesure.

Il est plus facile d’avoir l’ambition de réussir que de vraiment réussir son ambition, car celle-ci se corrompt dès qu’elle vise le toujours plus avant le toujours mieux, qu’elle positionne le soi au-dessus des autres et sacrifie sa vie pour mieux la gagner. L’appétit boulimique du succès lui donne tant de poids, qu’elle finit par déséquilibrer la personne et son environnement.

Une saine ambition peut être freinée par des idées fausses ou des peurs 

 Mais pourquoi serait-il juste de croire qu’être ambitieux, c’est être orgueilleux? Une saine ambition peut être freinée par des idées fausses ou des peurs: la crainte du jugement des jaloux, une vision du succès qui le rend coupable, la peur des responsabilités ou de la prise de risque, la crainte de quitter un petit confort acquis pour un plus grand confort incertain, la peur de devoir se battre pour obtenir ce que l’on veut, celle de ne pas y arriver et d’être jugé comme un « looser » en cas d’échec.

Pour développer une véritable ambition professionnelle, le plus important est de commencer par se poser une question essentielle: qu’est-ce que je veux pour moi demain professionnellement et personnellement? Je suis rarement seul à pouvoir répondre à cette question, car elle engage ma vie et ceux qui la font. Qu’est-ce que je recherche au-delà de cette ambition? De quoi mon ambition est-elle le moyen? En l’intégrant dans un projet de vie plus global, elle s’éclaire et prend tout son sens.

Dans cette vision, je dois me donner un objectif concret qui représente pour moi un défi, me demande énergie, créativité, intelligence, patience et travail. Enfin, je dois me donner les moyens de mon ambition. Que dois-je apprendre pour la réaliser? Que suis-je prêt à « sacrifier » pour elle? Par quoi dois-je commencer?

La véritable ambition est celle qui me donne du souffle, m’entraine et m’épanouit, car elle est en phase avec qui je suis, me permet d’exploiter mes talents et d’actualiser mes potentiels. Elle me fait regarder au loin, surtout devant l’obstacle, en me donnant toujours une bonne raison de faire chaque jour un pas de plus avec patience, persévérance et ténacité. L’ambitieux n’est pas content de battre les autres, mais de se vaincre lui-même en allant encore plus loin que ce qu’il croit possible.

Par Guy Michelet, coach et formateur

 
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